
L’expérience acquise le long des années et l’ouverture vers d’autres disciplines nous a permis d’aborder la notion de médiation en pédagogie avec les reflets des autres formations suivies antérieurement. Il s’agit notamment de la communication relationnelle, la dynamique de groupe et la programmation neurolinguistique.
L’intégration progressive des éléments de ces méthodes dans nos activités nous a permis de renouveler nos pratiques de classe et de comprendre leur contribution au développement d’une pédagogie relationnelle dont la médiation est un instrument fondamental. Prise en compte par les pédagogies nouvelles, la relation aux autres est une dimension qui donne des atouts pour l’avenir, car introduire la médiation à l’école permet à l’apprenant de s’inscrire dans ce monde en mouvement, de vivre le plaisir d’apprendre tout au long de la vie.
Médiation des contenus, des situations d’apprentissages, des supports, de l’évaluation… Une nouvelle pédagogie de la médiation est présentée dans le volume complémentaire du Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL) pour rendre l’enseignement plus adapté aux besoins des apprenants et introduire dans la classe un lien entre ce que l’élève fait et rencontre à l’extérieur et ce qu’il est en tant que personne. C’est la raison pour laquelle nous abordons la notion de médiation en relation avec le concept de transposition didactique, l’objectif que nous nous sommes fixé étant de déterminer comment l’intervention enseignante peut simplifier les savoirs savants pour qu’ils deviennent chez les apprenants opératoires dans la pratique, contribuant ainsi aux progrès de leur apprentissage.
Le rôle médiateur de l’enseignant est un objet d’étude et de recherche actuel, car l’enseignant est de plus en plus censé repérer les dysfonctionnements cognitifs des élèves, afin de créer les outils pédagogiques adaptés aux objectifs à atteindre.
Quant à l’évaluation, on évalue également autre chose que des connaissances savantes. L’expérience personnelle nous a fait vivre l’urgence de devenir de plus en plus un animateur de classe, ce qui suppose des compétences en communication relationnelle et en dynamique de groupe. C’est pourquoi la médiation fait naître une relation nouvelle à l’apprentissage, l’enseignant étant lui aussi invité à utiliser pour la préparation des cours des documents qui lui permettent aussi d’apprendre des choses nouvelles.
Dans son ouvrage Ecole et médiations, Annie Cardinet [1] formalise ce que peut apporter la médiation en éducation, particulièrement en pédagogie. Elle distingue entre médiation interpersonnelle (visant la construction de solutions face à des conflits entre personnes ou groupes humains dans les domaines judiciaire, social, familial, professionnel) et médiation intra personnelle (visant le développement de l’enfant en tant qu’individu, la transmission culturelle, médiations utilisées en psychanalyse, psychologie, pédagogie). Suite à des recherches approfondies et grâce à son expérience due aux applications des travaux de Reuven Feurstein et de Yacov Rand à l’éducation, Annie Cardinet identifie les grandes fonctions de la médiation:
- une fonction communicative ;
- une fonction éducative ;
- une fonction de régulation sociale ;
- une fonction de transmission de valeurs ;
- une fonction de préparation à l’avenir.
Vygotski et Bruner, outre le PEI (Programme d’Enrichissement Instrumental) de Feuerstein, ont principalement contribué à établir la médiation comme facteur décisif du développement cognitif de l’enfant. Grâce aux interactions sociales, l’enfant s’approprie les deux fonctions du langage: une fonction de communication et une fonction planificatrice, structurante de la pensée et de l’action. En montrant les limites de la médiation et la collaboration de l’adulte, Vygotski explique qu’il ne sert à rien d’apprendre à l’enfant ce que son stade actuel de développement ne lui permet pas d’apprendre. Pour être efficace, l’intervention de l’adulte qui éduque (enseignants, parents …etc) doit se situer dans la zone proximale de développement (ZPD) [2] qui représente la disparité entre l’âge mental, ou niveau présent de développement, qui est déterminé à l’aide des problèmes résolus de manière autonome, et le niveau qu’atteint l’enfant lorsqu’il résout des problèmes non plus tout seul mais en collaboration. C’est pourquoi, pour être considéré comme un médiateur, l’enseignant doit ainsi intervenir de manière à provoquer un conflit cognitif chez l’apprenant.
La définition que donne Vygotski de la zone proximale de développement est la suivante : „c’est la distance entre le niveau de développement actuel tel qu’on peut le déterminer à travers la façon dont l’enfant résout des problèmes seul et le niveau de développement potentiel tel qu’on peut le déterminer à travers la façon dont l’enfant résout des problèmes lorsqu’il est assisté par l’adulte ou collabore avec d’autres enfants plus avancés.” [3] Le médiateur doit donc permettre l’intériorisation des procédures acquises dans l’interaction sociale pour que l’apprenant puisse les mettre en oeuvre de façon autonome, c’est à dire les intégrer dans le développement actuel.
Selon Jean Piaget (1969)[4], l’enseignant propose à l’enfant de surmonter un obstacle épistémique dont il a finement évalué la possibilité de franchissement, afin de provoquer un conflit cognitif, facteur de la construction interne d’un savoir. Il est important que les enseignants bénéficient d’une solide formation disciplinaire, didactique, pédagogique et dans le domaine du développement et de la psychologie de l’enfant et de l’adolescent, car c’est grâce à ces connaissances que l’enseignant peut déterminer les composantes de la médiation:
- les supports matériels de médiation (un livre, un exercice, un objet à réaliser, etc.)
- les supports immatériels (le débat, le travail en groupe, etc.) ;
- les outils de médiation (la verbalisation, l’écriture, le dessin, la schématisation, la manipulation…)
- les médiations cognitives sans lesquelles aucun apprentissage n’est possible : la résolution d’un conflit cognitif, le conflit socio cognitif, la métacognition et la pédagogie de projet qui permettent à l’élève de comprendre le sens de la construction du savoir à condition que l’élève soit véritablement acteur de son projet.
La médiation donne à l’enseignant la liberté nécessaire pour mettre en oeuvre et développer chez les élèves:
- des attitudes actives (concentration, intériorisation, communication, projection dans le temps)
- des compétences cognitives (classification, organisation, planification)
- des compétences sociales(intelligence émotionnelle, chaleur humaine, empathie) qui favorisent les apprentissages, la compréhension et la mise en relation.
À part la transmission du savoir et son propre développement, l’enseignant se trouve donc chargé du développement des élèves qui lui sont confiés. Cela suppose l’adhésion à une certaine idéologie de l’homme et des valeurs morales, à une vision positive des capacités de l’autre à évoluer et à se développer, à un nouveau positionnement en tant qu’enseignant-médiateur.
[1] Cardinet Annie (2000), „Ecole et médiations”, Editions Eres, p.193
[2] Cf. Vygotski L.S. (1985), „Pensée et langage”, Messidor-Éditions sociales, Paris
[3] Citation donnée par Alain Moal, „La médiation pédagogique”, 1999
[4] Piaget J. (1969), „Psychologie et pédagogie”, Paris, Denoël-Gonthier
MOOC Cavilam Vichy – Savoir enseigner le français : Communication et Médiation
Auteur: Prof. Virginia Braescu
Institution: Collège National „Grigore Moisil” Onești, Bacău, Roumanie